Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la santé mentale est « un état de bien-être dans lequel une personne peut se réaliser, affronter les tensions normales de la vie, accomplir un travail productif et contribuer à la vie de sa communauté ».
Dans nos articles précédents nous avons mis l’accent sur la santé mentale au sein des organisations, et sur ses liens avec la qualité des relations. Nous avons constaté que la dégradation des relations et de la santé mentale a un impact sur le lien social.
Nos regards croisés de médiateurs se sont portés sur certains sujets majeurs de la santé mentale au travail : épuisement professionnel, évènements traumatisants, crises émotionnelles, mésententes et conflits. A chaque fois, plus qu’un état à atteindre, la qualité de la santé mentale s’appuie sur des compétences relationnelles à acquérir.
La relation à soi, aux autres, le sentiment d’appartenance sont autant de composantes du lien social et de la santé mentale.
Que ce soit au titre de la prévention, ou au titre du traitement, la qualité relationnelle est à l’œuvre, et la médiation y trouve toute sa place.
La définition que nous proposons de la santé mentale :
« La santé mentale est la capacité d’un individu à entretenir des relations constructives avec lui-même et avec autrui, à faire usage de sa liberté de décision, à développer sa lucidité et à s’inscrire dans des projets de vie »
s’applique tout autant au lien social, au lien aux autres et au risque d’isolement.
De l’isolement progressif ou brutal
L’isolement progressif ressort régulièrement parmi les facteurs de dégradation de la santé mentale (voir nos articles sur l’épuisement / burn out, les crises émotionnelles, les mésententes) :
- Absence de soutien, questions sans réponses, écartement de réunions, (télétravail non cadré, silence organisationnel)
- Autocensure : absence d’expression par crainte de nourrir des préjugés
- Un investissement excessif qui génère un isolement
- Initiatives ignorées, absence de reconnaissance
- Incompréhension du collectif
- Dysfonctionnement du collectif : les mésententes installent un climat de défiance, de suspicion
- Distorsion de valeurs individuelles et collectives, souffrance éthique
- Déni de la gouvernance face à la souffrance collective, peur de fragiliser l’image de l’entreprise, du service, (voir notre article sur le silence institutionnel)
- Déni du collaborateur par crainte de faire face à ses propres difficultés personnelles
Autant d’éléments qui concourent à l’isolement progressif et dont la répétition peut provoquer les tensions, et amener une réelle souffrance.
Il peut s’y ajouter un isolement volontaire et souvent brutal :
- L’arrêt de travail et le silence qui s’installe, silence contraint par la loi, les exigences réelles ou supposées de sécurité (coupure brutale des accès intranet, par exemple)
- La disqualification publique : rétrogradation, mise à pied ,.. Ainsi :
- Ce mail adressé à toute l’équipe dirigeante mettant en cause un responsable sans aucun échange individuel préalable,
- Ce médecin désavoué par sa direction et brutalement soumis à une méfiance collective.
De la solitude du professionnel
L’isolement, c’est aussi la solitude subie du décideur :
- Flou dans le fonctionnement comme ce chef de pôle en établissement de soins en charge de responsabilité fonctionnelle, sans réelle autorité sur son équipe
- Croyance individuelle et collective : le dirigeant/ le manager doit avoir réponse à tout, le RH sait résoudre les conflits
- Conviction : « X » a toujours contribué par ses réponses précises et pertinentes à l’avancée du service, X saura bien évidemment manager l’équipe
- Certitude : en tant que directeur, j’ai mené mon équipe sans jamais aucun recours à une formation, alors, avec son parcours, « Y » saura faire de même.
D’aucuns associeront cet isolement à un égo, ou au contraire à une faiblesse.
L’isolement ou la solitude seraient plutôt révélateurs d’un conflit en soi et/ou d’un dysfonctionnement de la relation aux autres.
De l’isolement au projet relationnel : l’accompagnement de la médiation professionnelle.
Prévenir l’isolement s’avère un réel enjeu de santé au travail.
La rupture peut être matérielle et humaine. Là se rejoignent les Conditions de Travail et la Qualité Relationnelle.
C’est là qu’intervient la médiation professionnelle, par
- L’identification des facteurs de la dégradation relationnelle (prêts d’intention, interprétation jugeante, contraintes) ainsi que les signaux faibles annonçant cette dégradation
- L’accompagnement dans la prise de conscience des modes de communication individuels et en interrelation pour la co-construction de projets (études des profils de communications individuels et collectifs (voir Etude SIC® https://www.etudesic.com/)
- L’offre d’un cadre d’expression sécurisé et confidentiel propice à l’expression libérée de l’individuel et du collectif dans le cadre de la résolution de tensions (médiation)
- La formation à la qualité relationnelle
- L’accompagnement dans la mise en place d’espaces d’échanges, sécurisés par la co construction du cadre relationnel
Ces accompagnements permettent des prises de conscience :
- Par tous, que chacun a des modes relationnels qui lui sont propres, et donc que la personne qui s’isole est peut-être une personne qui a besoin d’aide
- Par la personne qui s’isole, qu’il est possible d’exprimer ses ressentis, ses besoins, et trouver de l’aide auprès du collectif sans que celui-ci le vive comme une contrainte.
- Par les managers, que des décisions qui accentuent l’isolement d’une personne vont dégrader sa santé mentale.
Cette prise de conscience des modes de communication, des légitimités et limites de chacun contribue à un changement de regard salvateur pour la santé mentale. Faciliter la prévention par la diffusion des outils de la qualité relationnelle, transformer la résolution de conflits et l’arbitrage des enjeux en projets relationnels, individuels et/ ou collectifs.
Conclusion
L’OMS définit la Santé comme un état de bien être, physique, mental et social.
Pouvez-vous « vous réaliser, affronter les tensions normales de la vie, accomplir un travail productif et contribuer à la vie de la communauté », et donc trouver cet état de bien être sans lien social ?
Toutes les dimensions s’enchevêtrent dans la santé mentale.
La relation à soi, aux autres, et la co-construction d’un projet relationnel, sont sans doute les piliers de la santé mentale et de la santé tout court.
Détecter la solitude choisie de l’isolement progressif et d’un processus d’exclusion, distinguer l’isolement volontaire de la mise à l’écart imposée, entrent dans les compétences du médiateur. Qualifier l’isolement, c’est aussi clarifier les représentations, sortir des jugements et des étiquettes, passer de l’individualisation des « problèmes » à la recherche collective de solutions contributives.
La prolongation de la Santé Mentale comme Grande Cause Nationale en 2026 pourra être l’occasion d’une véritable prise de conscience de la nécessité impérieuse du retour à la qualité des relations et à son corollaire, l’entente sociale dans toutes ses dimensions.
Article écrit par Sébastien Bordes, Isabelle Lanvin, Valérie Pascual, Caroline Podage.

